Le rapprochement entre le français Naval Group et l’italien Fincantieri préoccupe Thales


Dans la foulée de l’accord relatif à la reprise du chantier naval STX France de Saint-Nazaire par Fincantieri, il a été annoncé un rapprochement franco-italien dans le domaine des navires militaires de surface, avec le français Naval Group à la manoeuvre.

Ainsi, il est question de former une alliance entre Fincantieri et Naval Group en s’inspirant de celle mise en place par Renault et Nissan dans l’automobile. En clair, cela signifie qu’il y aura un échange d’actions entre les deux groupes, avec la recherche de synergies et le lancement de projets communs (ou ayant la même base technologique). L’avantage de ce modèle est qu’il peut être ouvert à d’autres entreprises susceptibles de rejoindre ce tandem par la suite.

Seulement, construire des navires est une chose. Les équiper en est une autre. Dans le domaine de l’électronique, Fincantieri s’appuie sur Leonardo tandis que Thales est le partenaire historique de Naval Group. Mieux même : il en est l’actionnaire, à hauteur de 35%.

Le rapprochement entre Thales et Naval Group (DCNS à l’époque) avait été initié en décembre 2005, avec la signature d’un accord stratégique sous l’égide du gouvernement. Ainsi, en échange de 25% du capital du constructeur naval, l’électronicien s’était engagé à lui céder sa filiale Thales Naval France (TNF), avec ses pôles Systèmes de combat, Maîtrise d’oeuvre et Services. Les radars et les sonars étaient alors exclus de la transaction.

Puis, en 2011, et comme l’y invitait cet accord stratégique entré dans les faits quatre an plus tôt, Thales fit fait jouer une clause pour porter à 35% sa participation au capital de l’ex-DCNS.

Or, le rapprochement entre Naval Group et Fincantieri va mettre en concurrence Thales et Leonardo pour fournir les radars et les sonars des futurs navires que produira l’ensemble franco-italien.

En octobre, Alessandro Profumo, le Pdg du groupe italien, a pris les devants. « Je souhaite que le projet soit défini de manière à protéger les compétences spécifiques de Leonardo, qui sont les compétences de tout le pays », a-t-il en effet déclaré lors d’une audition parlementaire. Et d’ajouter : « Je vis ce sujet avec préoccupation parce que les Français sont bons pour défendre leurs compétences. Une action spécifique pour protéger les nôtres serait opportune. »

Du côté de Thales, on ne dit pas autre chose. Lors d’une rencontre avec la presse, le 18 mai, Patrick Caine, son Pdg, a rappelé que « Naval Group est un grand partenaire pour Thales ». Et « je souhaite que cela dure », a-t-il lancé, d’après Les Echos, qui a rapporté ses propos.

« Nous sommes davantage qu’un actionnaire [de Naval Group] puisque nous avons apporté en 2007 nos systèmes de combat en échange d’une montée dans le capital du constructeur naval, afin de partager notre destin. Quand on fait la frégate FTI avec Naval Group, c’est comme pour le Rafale avec Dassault, c’est une alliance à la vie, à la mort », a affirmé M. Caine.

Le problème se situe au niveau des participations croisées entre Naval Group et Fincantieri. A priori, il serait question que leur montant soit de l’ordre de 10 à 20%. Or, Thales n’a aucune envie de voir sa participation au capital du constructeur naval baisser… Ce qui complique la donne, sauf si l’État (actionnaire à 62,49%) se déleste d’une partie de ses actions.

Aussi, M. Caine ferait monter les enchères : si Thales abandonne une partie de sa participation au capital de Naval Group pour que le rapprochement avec Fincantieri puisse se faire, alors il devra récupérer les activités dans le domaine des systèmes de combat qu’il avait cédées à l’ex-DCNS en 2007. Ce qui inacceptable pour le constructeur naval, qui perdrait ainsi ce qui fait sa valeur ajoutée par rapport à ses concurrents.

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