Zone euro: A. Merkel revoit les propositions de E. Macron à la baisse


Depuis 2008, les crises successives ne cessent d'ébranler l'Europe dont l'édifice menace chaque jour un peu plus de se disloquer et rompre complètement.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. En septembre 2017, E. Macron proposait de refonder l'Europe. Son projet ambitieux passait en particulier, mais pas seulement, par une intégration plus poussée de la zone euro, qui avait besoin d'un budget, d'un ministre des finances et d'un parlement propres.

La crise grecque de 2008, qui a bien failli couler toute la zone euro par le fond, crée à la fois l'urgence et le frein à une telle intégration.

Il est urgent de mettre en place des mécanismes protecteurs pour endiguer la prochaine crise financière qui pourrait cette fois atteindre l'Italie. En effet, la péninsule est soumise aux contraintes d'un endettement colossal de € 2300 milliards. Si jamais les marchés financiers perdaient patience en augmentant les taux d'intérêts au point d'étrangler les capacités de remboursement de la troisième économie européenne, l'Europe serait incapable de lui venir en aide comme elle avait pu le faire, avec peine et à un cout exorbitant, pour la Grèce qui ne pèse que 2% du PIB de la zone euro.

Mais au vu des sommes qu'il faudrait engager dans une crise d'une telle ampleur, les pays du Nord, qui gèrent leurs budgets avec rigueur, refusent d'entendre parler d'une solidarité financière automatique entre le Nord et le Sud de l’Union, et donc, d'un budget spécifique de la zone euro. De façon assez compréhensible, ceux qui prônent et appliquent l'austérité chez eux, s'opposent à une mutualisation de la dette qui les obligerait à payer les dettes des autres pays plus dépensiers.

En avril 2018, le chef de l'Etat français présentait au Parlement de Strasbourg ses projets de réforme mais avec des ambitions revues à la baisse. L'idée d’un parlement de la zone euro était abandonnée, et celle d’un ministre des finances était à peine évoquée.

Restait l'idée d'un budget spécifique. Celui-ci pourrait être adossé au Mécanisme européen de stabilité (MES) le fonds de secours créé pendant la crise pour venir en aide à la Grèce ou au Portugal.

En juin 2018, Angela Merkel répond enfin à Emmanuel Macron dans une interview accordée au "Frankfurter Allgemeine Zeitung". Elle accepte le principe d'un budget d'investissement, mais qui doit rester raisonnable.

Au lieu d'un budget de plusieurs centaines de milliards d'euros proposé par E. Macron, la chancelière mentionne un montant de quelques dizaines de milliards d'euros.

Quant au Fonds Monétaire Européen (FME) qui pourrait se substituer Fonds Monétaire International (FMI) pour aider les pays en difficultés, il imposerait des conditions strictes et une surveillance étroite aux pays qui bénéficieraient de son assistance.

Ce FME étendrait les fonctions de l'actuel Mécanisme européen de stabilité (MES), qui aide aujourd'hui des pays endettés en crise comme la Grèce en leur accordant des prêts à long terme. Il pourrait maintenant accorder des prêts à plus court terme, à cinq ans par exemple.

En contrepartie, les pays concernés devraient accepter – comme pour le FMI – que ce FME ait un droit de regard et d'intervention dans leurs politiques nationales. Ce FME serait chargé d'"évaluer la solvabilité des Etats membres" et à l'aide "d'instruments adaptés" pourrait "rétablir" cette solvabilité si elle n'est plus assurée.

Pour Angela Merkel, il ne peut être question de créer "une Union de l'endettement" en zone euro.