Trump, ce grand faiseur d'Europe


Ce que Donald Trump apporte de nouveau dans ses relations avec ses partenaires est assurément un style brutal et provocateur, doublé de ce qui semble être une inconstance chronique, au mieux de l'instabilité, au pire de la déraison.

Pourtant, sous ses manières grossières indignes d'un homme d'état, l'homme n'est pas un égaré. Il fait même preuve d'une remarquable constance et professionnalisme à mettre en place la confrontation afin de faire monter les enjeux. Et il met ses menaces à exécution.

Toutes les relations et tous les sujets qui se traitent entre états, qu'ils soient politiques, diplomatiques, militaires, sociaux, culturels, sont traités de la même manière, par la négociation et par le rapport de force dont il faut savoir user. En bon négociateur, Trump veut systématiquement se placer en position de force, et se ménager des arguments qu'il pourrait concéder. Ou pas.

Les Européens, si ils avaient encore des doutes, viennent de vérifier à leurs dépens l'intransigeance de ce négociateur qui aime passer en force. Le dernier G7 ce mois de Juin au Canada aura consommé, dans la plus pure manière "trumpiste" et fracassante, la rupture entre d'une part, les Européens et le Canada, et de l'autre, les Etats-Unis qui mettent leurs menaces de taxer l'acier et l'aluminium non américain, à exécution. La guerre commerciale est déclarée.

Cette passe d'arme en suit une autre, celle faite il y un un an au sommet de l'OTAN de mai 2017 à Bruxelles. Trump s'était alors livré à un réquisitoire, brutal il va de soi, contre les Européens qui n'achètent pas assez d'armes américaines pour que l'OTAN puisse en retour assurer leur défense à leur place. La menace cette fois, ou la rétorsion, fut de ne plus mentionner l’engagement des Etats-Unis à appliquer l’article 5 de la charte atlantique qui fonde l’obligation d’intervenir pour défendre tout allié attaqué. Le rapport de force était ici aussi clairement engagé.

Bien que ce tournant dans les relations avec les Européens, et avec le reste du monde, ne date pas d'hier, Trump a le mérite de mettre les choses à plat sur la table sans ambiguïté, et de forcer les Européens à prendre acte aujourd'hui, alors qu'ils préféraient tergiverser jusqu'à présent. En effet, le retour des Etats-Unis à un certain isolationnisme remonte au second mandat de Georges Bush. Puis Barack Obama l’avait amplement confirmé et l’actuel président des Etats-Unis ne fait que l’accentuer de plus belle en brandissant son "America first!". Les Etats-Unis ne veulent plus être les gendarmes du monde, pas plus qu'ils ne veulent perdre au change dans la mondialisation. C'est donc le repli sur soi qui se confirme.

Pour les Européens, la conclusion est claire : ils doivent se serrer les rangs pour se protéger et défendre leurs intérêts contre les Etats-Unis, la Russie et la Chine.

Jamais les relations entre les Européens et les Etats-Unis, qui ne les appellent plus leurs "alliés", n’auront été aussi mauvaises et compromises. Emmanuel Macron estime à juste titre que la position américaine « permettait de reforger l’Europe » et même de « construire une alliance plus large pour éviter que le monde ne soit déstabilisé ».

A détruire l'équilibre des forces qui tenait encore après la chute du mur de Berlin, Donald Trump s’affirme en père re-fondateur de l’Europe.