Europe : Macron exhorte Merkel à «dépasser les hésitations»

November 21, 2018

Indubitablement, Emmanuel Macron sait faire vibrer l'âme européenne. Dimanche, dans l'enceinte du Bundestag, à Berlin, le président de la République française a invoqué l'histoire du continent pour exhorter la France et l'Allemagne à «avoir le courage d'ouvrir une nouvelle étape». «Nous le devons à l'Europe», a-t-il plaidé. Invité des cérémonies du Volkstrauertag, la journée d'hommage aux victimes des guerres, le chef de l'État a clos sa séquence mémorielle consacrée au centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale en se projetant, dans la capitale allemande, dans l'avenir.

 

L'heure est empreinte de gravité. Quelques minutes auparavant, Emmanuel Macron, accompagné de son homologue le président fédéral, Frank-Walter Steinmeier, et de la chancelière, Angela Merkel, a déposé une gerbe de fleurs à la Neue Wache, le mémorial aux morts à Berlin. Au Bundestag, d'imposantes croix noires ont été installées en signe de deuil. «Être ici témoigne du chemin fait ensemble», a rappelé le président français, en évoquant les conflits meurtriers qui ont opposé la France et l'Allemagne, puis le travail de réconciliation entre les deux pays. «L'histoire a fait émerger une culture, une vocation européenne. Nous n'avons pas rejeté l'idée des peuples ou des nations, mais nous avons dépassé le narcissisme mortel de nos petites différences, nous n'avons pas dilué, nous avons additionné», a-t-il poursuivi.

 

Cette histoire oblige la France et l'Allemagne, selon Emmanuel Macron. «L'Europe, et en son sein le couple franco-allemand, est investie de l'obligation de ne pas laisser glisser le monde dans le chaos et de l'accompagner sur le chemin de la paix», a-t-il déclaré en lançant un avertissement contre «le nationalisme sans mémoire» et le «fanatisme sans repère».

 

«Cette nouvelle responsabilité franco-allemande consiste à doter l'Europe des outils de sa souveraineté. Cette nouvelle étape nous fait peur car chacun devra partager, mettre en commun sa capacité de décision, sa politique étrangère, migratoire ou de développement, une part croissante de son budget et même des ressources fiscales», a poursuivi Emmanuel Macron, en esquissant une liste des blocages entre les deux pays, autant de défis que l'Europe aborde parfois «avec la prudence du débutant».

 

«L'Europe doit être plus forte, plus souveraine», a-t-il insisté en reprenant ce mot-clé de son projet européen. «Trop de puissances veulent aujourd'hui nous effacer du jeu en excitant nos divisions. Dans ce monde notre force est notre unité. Elle n'est pas synonyme d'unanimité ou d'uniformité», a-t-il ajouté.

 

Alors que les populismes gagnent du terrain sur le continent, que la relance franco-allemande patine parfois et que ses leaders sont affaiblis, il a appelé «au courage». «Le combat face au défi du populisme» n'est pas gagné, a-t-il prévenu alors que la campagne pour les élections européennes va bientôt commencer. «Il suppose de prendre de nouveaux risques» en «dépassant le lot d'hésitations» et en «surmontant les réticences».

 

«Est-il préférable de rester enfermés dans nos immobilismes? Était-ce plus facile pour ceux qui nous ont précédés?», a-t-il interrogé. «Nous devons surmonter nos tabous et nos habitudes», a insisté Emmanuel Macron en faisant notamment référence aux craintes allemandes sur des transferts financiers en Europe ou aux tentations françaises de contourner les règles établies en Europe. Pour terminer son intervention et saluer l'amitié entre les deux pays, Emmanuel Macron s'est inspiré des mots de l'écrivain Charles Péguy à Ernst Stadler, un poète allemand. Tous deux sont tombés durant la Première Guerre mondiale. «Même si vous ne comprenez pas tous les mots venus de la France, sachez qu'elle vous aime», a lancé Emmanuel Macron. La salle s'est ensuite levée pour l'applaudir.

 

Chancelière en sursis

 

Au premier rang, Angela Merkel, chancelière en sursis, a été interpellée entre chaque ligne. En recevant Emmanuel Macron à la Chancellerie, quelques minutes plus tard, elle a salué son «remarquable discours». «Après ce moment très émouvant du souvenir, nous avons la possibilité de nous consacrer au travail du quotidien pour préparer le Conseil européen», a-t-elle proposé. Il reste encore beaucoup de questions à régler pour que le tandem franco-allemand s'entende sur un projet ambitieux pour l'Europe: sur le montant du budget de la zone euro, les contours d'une armée commune alors que les cultures stratégiques sont irréconciliables, une politique d'asile européenne… Berlin fait entendre ses objections, comme sur la taxation des géants du numérique, poussée par Paris mais freinée de l'autre côté du Rhin.

 

«J'attends beaucoup de nos échanges», a confirmé Emmanuel Macron avant de rejoindre le bureau de la chancelière. «L'Europe ne se résume pas à la France et à l'Allemagne, mais il est impossible d'avancer sans entente franco-allemande», a-t-il convenu. Si sur la forme, le chef de l'État a remporté l'adhésion de son auditoire, il doit maintenant convaincre sur le fond.

 

http://www.lefigaro.fr/international/2018/11/18/01003-20181118ARTFIG00162-macron-appelle-merkel-a-prendre-des-risques.php

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