Jean Quatremer: Européiste… contre l'identité européenne


Jean Quatremer est « le » spécialiste de l’Union Européenne dans les médias. Porte-voix d’un fédéralisme européen basé sur la disparition des nations, définissant l’identité européenne comme « dangereuse ». Né en novembre 1957 à Nancy, il travaille depuis plus de trois décennies au quotidien Libération.

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Le 15 mars 2017 il annonce avoir fait un don au mouvement En Marche : « Pour la première fois de ma vie, je viens de faire un don à un parti politique, en l’occurrence En Marche. ».

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Cependant son attachement à la personne de Macron est plus ancien – en janvier 2015 il l’explique par sa volonté de sauver l’UE en lui redonnant du sens : « Déjà, il faut que les responsables politiques s’attaquent à la reconstruction d’un récit européen comme tente de le faire Emmanuel Macron afin du redonner du sens à ce que l’on fait. L’Europe est devenu ce truc technique, hors sol, sans direction, le doux monstre de Bruxelles ».

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« Évidemment, en tant que fédéraliste européen convaincu que je suis, quoique critique, les mots “identité européenne” me plaisent, car qui dit fédération européenne, dit identité européenne, car quand vous avez une identité européenne, vous avez un sentiment d’appartenance à un ensemble qui serait plus grand. Ceci était le point de départ de ma réflexion. Et le point d’arrivée, est que les mots « identité européenne », me faisaient profondément horreur : j’avais un malaise vis-à-vis de ce concept même d’identité européenne.

Parler d’identité européenne, c’est vouloir bâtir quelque chose qui, soit se superposerait aux identités nationales telles qu’elles existent aujourd’hui, soit qui s’y substituerait. Or, l’identité nationale, en Europe et dans le monde d’aujourd’hui, c’est la nation, et donc l’état nation puisque dans nos états européens, la nation s’incarne dans l’état. Ce qui laisserait donc supposer qu’on aurait la volonté de bâtir un état européen qui serait le réceptacle naturel d’une nation européenne, que l’on pourrait identifier par un certain nombre de caractères communs, dont ce fameux sentiment d’appartenance. Et c’est là que cela ne va pas, car en réalité, les pères fondateurs de l’Europe n’avaient qu’un but : se débarrasser de l’état nation. Pour reprendre les mots de Toni Negri, un philosophe italien avec lequel je ne suis pourtant pas très proche, « le but finalement de l’Europe était de tuer cette “merde” d’état nation », je le cite textuellement. Je suis profondément persuadé que la volonté des pères fondateurs de l’Europe n’était pas de refaire en plus grand l’état nation qui avait échoué en plus petit », Actes des dixièmes Rencontres européennes de Luxembourg sur le thème « Europe Unité et/ou Diversité Réunir ce qui est épars ».

« Ce concept même d’identité européen me parait extrêmement dangereux, parce qu’on risque de renouer avec toutes les dérives de l’état nation qu’on a connu dans le passé »

« Je dirais que l’Europe n’est pas une identité commune, ça je n’y crois pas. C’est un modèle, qui peut être exporté, qui peut devenir le modèle du monde, ça peut devenir une ONU qui a réussi et qui s’étend au reste du monde. L’Europe pour moi est davantage une volonté, une volonté politique, qui ne peut donc pas être ramenée à une question d’identité, et c’est pour cela que je trouve que l’aventure européenne est une chose extraordinaire, qui fait rêver, car elle n’a pas de précédent historique. Ne cherchons pas à ramener l’histoire de l’Europe à ce que nous avons fait dans le passé. L’identité européenne, si elle existe un jour, ne sera pas l’équivalent de nos identités nationales »

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