Zone euro: la réforme tuée dans l'oeuf


Les ministres européens des finances viennent enfin de répondre aux demandes française de réformer la zone euro, comme l'avait demandé Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne en septembre 2017. Son projet ambitieux passait en particulier, mais pas seulement, par une intégration plus poussée de la zone euro, qui avait besoin d'un budget, d'un ministre des finances et d'un parlement propres. En instaurant une gouvernance distincte de la Commission et du Parlement européen, et en restreignant cette gouvernance au cercle plus réduit des 19 états ayant adopté l'euro, E. Macron voulait s'affranchir de l'administration existante à 28, tout en introduisant un contrôle politique et budgétaire nouveau. Il s'agissait de gagner une autonomie politique, d'obtenir une avancée dans la construction et l'intégration européenne, mais restreinte à un cercle de membres plus réduit, c'est à dire d'enclencher une Europe à deux vitesses.

Les critiques et les réticences des autres pays membre de l'UE, en particulier de l'Allemagne et des Pays-Bas, se sont, dès le début, avérées sévères. Pour finir, ces pays ont complètement bloqué et noyé le projet à 19 dans l'Europe à 28, en le dénaturant complètement. C'est un accord à minima qui enterre le budget de la zone euro et qui, en l'état, ne sera pas en mesure de répondre aux défis qui s'annoncent. Cette Europe à deux vitesses n'a pas pu démarrer, ce qui confirme la lourdeur et l'inertie de l'Europe à 28, ce qui est fort dommageable. Cela ne présage rien de bon pour la vitalité et l'avenir de l'Union.

Il était pourtant urgent de mettre en place des mécanismes protecteurs pour endiguer la prochaine crise financière qui, après celle de 2008, pourrait cette fois atteindre l'Italie. Mais au vu des sommes qu'il faudrait engager dans une crise d'une telle ampleur, plusieurs centaines de milliards d'euros, les pays du Nord, qui gèrent leurs budgets avec rigueur, refusent d'entendre parler d'une solidarité financière automatique entre le Nord et le Sud de l’Union, et donc, d'un budget spécifique de la zone euro.

En matière d'investissement et de dépenses, et de façon assez compréhensible et prévisible, ceux qui prônent et appliquent l'austérité chez eux, s'opposent à une mutualisation de la dette qui les obligerait à payer les dettes des autres pays moins rigoureux et plus dépensiers. Pour Angela Merkel et Mark Rutte, il ne peut être question de créer "une Union de l'endettement" dans la zone euro.

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La seule avancée significative obtenue dans cet accord ministériel concerne la modification du Mécanisme européen de Stabilité (MES). Ce mécanisme a été crée en 2012 après la crise grecque pour aider des pays en crise en leur accordant des prêts à long terme. Ce MES devient un préteur en dernier ressort pour les banques menacées de banqueroute.

L'Union bancaire, elle aussi lancée en 2012 après la crise, n'est pas modifiée et reste quant à elle, incomplète et fragile.