Union Européenne: La télévision n'en parle jamais ! (France)

En France comme ailleurs, l'actualité et les sujets européens n'existent pas, seule l'actualité nationale intéresse. On ne parle pas de l'Europe, mais on utilise des exemples européens pour illustrer son propos national, en se comparant à ses voisins les plus proches avec qui il est facile de s'identifier.

Il est vrai que les sujets communautaires qui traitent des élections, des règlementations ou des débats parlementaires de l'UE paraissent bien complexes et austères pour le grand public. De plus, l'UE ne dispose pas de président ou de ministres capables d'incarner physiquement une autorité et une politique à l'échelle de la communauté des citoyens européens. Elle n'est représentée que par ses fonctionnaires et bureaucrates qui, aussi professionnels qu'ils soient, ne peuvent incarner aux yeux du public une Union Européenne attrayante.

En France, seule le chaîne franco-allemande à vocation européenne ARTE se distingue par sa couverture un peu plus élevée de l'actualité de l'UE. Malheureusement, son audience (environ 550 000 téléspectateurs du lundi au jeudi soir) ne lui permet pas de rivaliser avec celles de TF1 et France 2 qui cumulent à elles deux 10 millions de spectateurs chaque soir, et qui ne leur parlent pratiquement jamais de l'Europe. Parmi les sujets internationaux, TF1 ne mentionne l'UE que 1 fois sur 100 et France 2, à peine plus, 3 fois sur 100 !

De fait, les chaînes française envoient peu de correspondants à Bruxelles, contrairement à la télévision publique allemande qui compte plus de vingt correspondants, contre deux correspondants permanents de France Télévisions.

Tout comme pour leurs compatriotes européens, les Français s'informent principalement de l’actualité via la télévision. Sur un total de 27 000 sujets diffusés à l'antenne par an, les journaux télévisés français en consacrent 6 000 (20 %) à l’international (2), dont 4 000 (13%) font mentions des Etats de l'Union Européenne, chiffre relativement stable depuis 2007.

Cependant, ce temps d'antenne est très inégalement réparti entre les Etats de l'Union. Ce sont nos voisins les plus proches (Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne, Belgique) qui accaparent 80% des sujets, quand les pays nordiques et d'Europe centrale sont pratiquement ignorés.

Il n'est pas surprenant que la couverture se réduise encore plus lorsque l'on s'intéresse aux sujets touchants les enjeux communautaires et à l'actualité de l'Union Européenne en tant que telle. Le nombre de sujets mentionnant l’Union européenne, ou ses institutions, chute littéralement à 750, soit 3% des 27 000 sujets diffusés annuellement à l'antenne.

En France, quelques journaux télévisés se taillent la part du lion de l'audience nationale, avec 5,6 millions de téléspectateurs pour TF1, et 4,8 pour France 2, ce qui représente plus de 10 millions de spectateurs chaque soir en 2018 (1). TF1 et France 2 abordent à peine le sujet, avec respectivement 90 sujet par an (1%), et 160 sujets (3%). Seule la chaîne ARTE, chaîne à vocation franco-allemande et européenne, se distingue avec 300 sujets (6%), ce qui fait d'elle la première chaine, et de loin, accordant une place aux enjeux communautaires. Ce qui est bien maigre en soi.

Le Parlement européen apparaît comme l’institution la mieux identifiée par les rédactions avec 80 sujets, suivie par la Commission européenne avec 70 sujets. Les autres institutions européennes bénéficient d’une visibilité résiduelle ne dépassant pas 10 mentions sur l’année. En élargissant 'étude à tous les sujets internationaux, on constate que les chaînes accordent plus d'importance à l’actualité de l’ONU.

Quant aux prises de paroles à l'antenne par des personnalités politiques européennes, c'est un euro-sceptique (M. Salvini) qui arrivait largement en tête en 2018 !

Sources:

Les chiffres absolu sont arrondis.

(1) Médiamétrie

(2) Voir Geneviève Piéjut et Dominique Fackler, « Dix ans de journaux télévisés », Les Nouveaux Dossiers de l’audiovisuel, n°10, mai-juin 2006.

« L’Union Européenne, grande absente des journaux télévisés », Rémy Broc, Théo Verdier, Mouvement européen-France 2019 / « Europe, entre Brexit et élections » INA