Lettre ouverte au député des Français du Bénélux M. Pieyre-Alexandre ANGLADE


Cher Monsieur Anglade,

Lors des dernières élections législatives, j'ai voté avec conviction pour vous et pour le mouvement "En Marche!" que vous représentez. J'écris "mouvement" par opposition à "parti politique", c'est à dire que je crois à un déplacement, une évolution, qui n'a rien de forcé ou de contraignant, par opposition à un appareillage politique dont le but est de garantir le pouvoir existant dans un cadre national établi. Il est évident que la dénomination "En Marche!" a le même sens pour moi, celui d'aller vers un autre "état", pour accompagner notre société vers la nouvelle façon de vivre et de penser qui s'annonce déjà en Europe au sein des nouvelles générations.

Ayant maintenant vécu en Italie et aux Pays-Bas plus longtemps qu'en France, je voudrais partager mon expérience et mes sentiments qui témoignent d'une évolution de mentalité, certes progressive, mais irrévocable.

Je ne suis plus un Français de l'étranger ! Je vis aux Pays-Bas, province européenne parmi d'autres, et je m'y sens chez moi. Ce n'est pas l'étranger, loin de là. C'est plutôt la France qui m'est devenue un peu plus étrangère au fil du temps. De la même façon, mon mode de vie et mes moeurs ont évolués, en intégrant ce que la société néerlandaise fait de mieux pour ses citoyens. Je pourrais citer l'ouverture d'esprit et le respect mutuel que les habitants témoignent envers chacun, l'attitude détendue, bon enfant et sans stress, aussi bien en famille qu'au travail - qui ne nuit en rien à l'efficacité et à la volonté de travailler dur - l'utilisation du vélo partout qui facilite grandement la vie, l'organisation des transports et des services publics, etc ...

Ces changements de moeurs et de mentalités sont principalement à l'oeuvre chez les jeunes générations, qu'elles vivent dans leurs pays d'origine en Europe ou ailleurs. Ces jeunes, qui voyagent beaucoup, sont en train de développer une culture qui n'est pas "internationale", qui n'est ni américaine, ni asiatique, ni africaine, mais bel et bien européenne. Cette culture se révèle à la fois à la lumière des grands phénomènes mondiaux, comme les migrations, le terrorisme, l'extrémisme ou le populisme, mais aussi et surtout dans la vie de tous les jours lorsque nous travaillons et vivons ensemble. Vu de l'extérieur, cette culture et ces valeurs distinguent clairement l'Europe du reste du monde. Nous oublions souvent combien il est facile de vivre ensemble en Europe et combien nous avons en commun.

Je regrette que votre action mette encore trop l'accent sur la France considérée comme un état séparé en Europe, un pays auquel nous devons appartenir et dans lequel nous devrions, tôt ou tard, revenir. J'aimerais entendre comment le Lycée français de La Haye s'ouvre aux filières européennes, à la langue et à la culture néerlandaise. J'aimerais entendre comment l'armée française s'intègre aux armées voisines, comme le font les Pays-Bas avec l'armée allemande par exemple. J'aimerais entendre comment le programme Erasmus va se développer et quels autres programmes d'échanges vont être mis en place dans d'autres domaines. J'aimerais entendre comment les services de police travaillent ensemble comme le font la France et l'Espagne par exemple. J'aimerais entendre comment vous parlez des Pays-Bas en France et comment vous pourriez vous en inspirer. J'aimerais entendre comment on favorise l'installation de français aux Pays-Bas. J'aimerais entendre comment la France développe les éoliennes par rapport aux Pays-Bas. J'aimerais entendre quels sont les collaborations culturelles et économiques. J'aimerais entendre les collaborations des services publics de transport, de santé, d'éducation et de sécurité. J'aimerais entendre comment la France et l'Allemagne entendent renforcer leurs liens et leur intégration, pour le plus grand bien de l'Europe, car la France ainsi que les Pays-Bas sont fortement liés à l'Allemagne.

J'aimerais entendre ce qui se fait de bien aujourd'hui, pour ne plus assister impuissant au dénigrement de l'Europe, comme ce fut le cas lors des débats pre-Brexit, à cause d'institutions européennes complètement muettes . Et j'aimerais entendre ce qui va se faire.

Nous ne sommes plus des Français de l'étranger, nous sommes des Européens de France.

Cordialement,

Christophe Carreau