La grande « Recomposition politique » est en marche en Europe


En Europe, cela fait déjà un certain temps que la donne traditionnelle politique est rebattue, que l’échiquier politique traditionnel droite-gauche vole en éclat, que l’usure des partis traditionnels, qui ne reflètent plus les réalités d’une nouvelle époque, est criante, bref, qu’un autre temps s’annonce déjà.

C’est un fait dans tous les pays de l’Union Européenne où la gauche et la droite ne cessent de converger vers un centrisme européen.

La nouvelle époque consacre la fin des idéologies politiques posant droite et gauche, déjà mises à terre dans les affres de la seconde guerre mondiale, puis achevées par la fin de la guerre froide et l’écroulement soviétique.

Le vide ainsi crée profite aux extrêmes droites, qui ne défendent plus cette fois un discours idéologique, mais incarnent la peur et le repli face à la mondialisation, à l’immigration et au chômage de masse, et face à la marche de l’histoire vers un intégration inéluctable sur le continent européen.

Trente ans bientôt après la chute du mur de Berlin, la dissolution de l’URSS, l’anticommunisme, l’atlantisme et le conservatisme social ne sont plus des marqueurs actuels. Aujourd’hui, on parle de libre-échange ou de protectionnisme, de l’islam, de la Russie, du souverainisme et de l’ambition de former une Europe politique. Parce que le monde a changé, le paysage politique change aussi. Tant que les partis traditionnels continueront de plonger leurs racines dans un passé révolu, ils pousseront à la grand « recomposition » qui est aujourd’hui en marche et précipiteront leur déclin.

Aux Pays-Bas, depuis les années 1990 et l’apparition du courant populiste de Pim Fortuyn (maintenant récupéré par Geert Wilders), le paysage politique néerlandais se caractérise d’élection en élection, par un éparpillement total. En 2017, le troisième gouvernement du libéral Mark Rutte constitué après de longues tractations, ne disposait que d’une voix de majorité alors qu’il référait 4 partis. Les récentes élections municipales du 21 mars ont confirmé cette fragmentation.

En Espagne, la recomposition a commencé à la fin des années 2000 avec la crise économique. Et en 2014 deux jeunes partis ont bousculé le jeu électoral jusqu’alors dominé par la droite et la gauche. Il est fort probable que l’Espagne connaitra à son tour un gouvernement de coalition aux prochaines élections en 2020.

En France, la recomposition a éclaté brutalement au grand jour lors de élection présidentielle de 2017 qui ont débouché sur un affrontement inédit entre le centriste E. Macron - ni gauche, ni droite - et l’extreme droite de Marine Le Pen.

En Allemagne, cela fait 70 ans que les gouvernements sont faits de coalitions. En 2017, les deux grands éléphants historiques, les PSD à gauche de Schultz et CDU-CSA de Merkel se sont effondrés. Il ne durent leur survie au pouvoir qu’à une nouvelle coalition (une de plus), la "Groko", c’est à dire un centrisme européen, alliance des sociaux-démocrates et des conservateurs.

Puis ce fut le tour de l’Italie en 2018, à connaître le même sort. Les élections législatives de mars 2018 illustrèrent ici aussi le déclin des partis traditionnels et la montée de la droite populiste. Le manque criant de soutient que l’Europe aurait du apporter à l’Italie pour tenter de juguler la pire crise migratoire de son histoire, fut sans doute déterminant dans ces résultats. Comme dans beaucoup d’autres pays, la recomposition en marche est un appel à plus d’Europe.

Ailleurs, en Bulgarie, en Finlande et en Autriche, la recomposition a profité aux extrêmes droites.

Il faut cependant se méfier des clichés. Il n’y a pas d’un côté les gentils centristes européens, face aux mauvais souverainistes en Italie ou dans les pays d’Europe de l’Est ou du Nord. La question européenne divise la plupart, si ce n’est toutes, les familles politiques du Vieux Continent. Ainsi, en Italie au sein du Mouvement populiste Cinq Etoiles, les europhiles sont nombreux, si ce n’est majoritaires.

Il ne faut pas oublier que c’est bien le manque d’Europe qui a fait progresser les démagogues en Italie et en Allemagne. Non pas parce qu’il y avait trop d’Europe, mais au contraire pas assez. La grande recomposition en marche est viscéralement européenne.