Refonder l’Europe


(Mise à jour: 28 Octobre 2018)

L’idéal européen est vivant

Les valeurs

L’Europe mécanique n’a pas eu lieu

Délocaliser la Commission Européenne (m-à-j)

La société civile européenne

L’Europe à plusieurs vitesses, en réseaux

La fusion de la France et de l’Allemagne

L’idéal européen est vivant

Il ne faudrait surtout pas ignorer, ou cacher, lors des prochaines élections européennes, la profonde crise européenne que tout le monde reconnaît. Il faut refonder avec un programme qui affiche clairement son ambition de changement. Les prochaines élections européennes en mai 2019 seront une lutte entre les populistes nationalistes d’une part, et une alternative pro-européenne de l’autre. Cette dernière ne pourra pas se contenter de défendre un bilan en l’état que les opinions publiques rejettent aujourd’hui. L’opinion publique aime encore l’idéal européen, mais pas la forme et la tournure que ses instances centralisatrices ont prises. L'idéal européen est vivant, il ne faut pas le décevoir.

On aime l’Europe, mais pas celle qui s’est développée et fourvoyée dans la bureaucratie, les normes, l’immobilisme ou l’unanimité qui n’engendre que les demi-mesures. Les gens ne sont pas contre l’immigration en soi, il y en a eu partout et de tous temps en Europe, mais contre l’immigration non contrôlée, contre le manque de coordination et de respect des règles entre les Etats. Le Brexit, qui pourtant démontre de façon spectaculaire le populisme qui secoue le continent européen, n'a pas fait que des envieux. Au contraire, il a aussi réveillé l’attachement à l’idéal européen au sein des opinions publiques, à tel point que les populistes eux-mêmes n’osent plus revendiquer une sortie de l’Union européenne. Ils leur reste la question migratoire qui est encore à même de faire ressurgir des peurs existentielles profondes dans un monde qui change et qui menace.

Il faut un programme de changement, ou de progression, qui ne soit pas la répétition ou l’extension mécanique de ce qui a déjà été fait jusqu’à maintenant, ce qui conduirait à un échec programmé. Cela passera sans doute par une refondation pour permettre d’autres voies non ouvertes par les traités existants. A défaut, les gens iront voter contre la bureaucratie et l’immigration non contrôlée, et non pas contre l’idée de l’Europe, mais alors il sera trop tard! C’est sans doute l’ultime occasion à saisir avant que la prochaine crise n’achève l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui. L’Union doit nécessairement changer, ou elle va périr à terme. Elle ne peut plus exister en l’état sans la création d’une véritable Europe politique qui puisse incarner l’idéal européen tant réclamé. Alors cette cette remise en cause aura été salvatrice. Il faut avancer, mieux et plus loin, mais par d’autres voies et d’autres méthodes.

Les valeurs

Une refondation commence par un retour aux fondements et aux valeurs que porte l’idéal européen. Depuis sa création, l’Europe s’est offerte une période de paix, de prospérité et de démocratie qu’elle n’avait jamais connue auparavant de toute son histoire. Jusqu’à aujourd’hui, l’Europe a réussi un incroyable tour de force qui lui a permis, pour le moment encore, de vaincre ses démons ancestraux. Après les pires récessions économiques et les pires guerres sur son territoire, l’Europe a su faire front en faisant l’union, et s’octroyer ce qu’elle n’avait jamais connu dans les siècles passés: la paix durable et la prospérité.

L’Europe le doit aux valeurs qu’elle a su défendre; les droits de l’homme, la démocratie, la liberté d’expression, la liberté de culte, l’égalité entre les hommes et les femmes, la protection des minorités, le partage du pouvoir, la solidarité, .. tous dressés en rempart contre les dictatures qui ont systématiquement causé sa perte au siècle passé.

L’Europe mécanique n’a pas eu lieu

L’intention des pères fondateurs de l’Europe était que le marché commun, puis la devise commune, devaient nécessairement aboutir à la formation d’une union économique et budgétaire, et enfin d’une Europe politique. Ainsi la monnaie unique avait été rendue nécessaire par la disparition des frontières commerciales, ce qui aurait dû entrainer à son tour la création d'un budget européen. De même, la libre circulation des personnes aurait dû impliquer l’harmonisation du droit social et, à terme, un marché du travail unifié.

Mais la politique est tout sauf une mécanique froide et autonome, et l’Europe ne s’est pas construite par effets d'enchaînements nécessaires désincarnés. La politique est humaine avant tout. Ce n'était pas l'Europe que les citoyens ont rejetés dans les référendums sur la convention européenne dans les années 2000, mais sa mécanique, autonome et déshumanisé, de progression inéluctable qui avançait sans eux, comme un robot échappant au contrôle de ses créateurs. Les citoyens n'ont pas voulu d'une Europe mécanique. L'Europe qu'ils veulent est celle de leurs souffrances, de leurs passions et de leurs convictions. Les gens savent, et comprennent au plus profond d'eux même, ce que sont les atrocités et les dévastations des guerres auxquelles la désunion et les rivalités mènent inéluctablement. Mais alors, il ne faut pas leur proposer un monstre mécanique qui avance froidement de lui-même, et qui pourrait se retourner contre eux comme big brother ou l'ordinateur HAL dans l'Odyssée de l'espace. Les européens ne veulent plus d'empire.

Ils désirent une Europe à visage humain, économique, sociale (et budgétaire) qui reste encore à faire. Il faut harmoniser les économies et les fiscalités, il est nécessaire de s’entendre et de se coordonner dans une Union à égalité de traitement pour tous.

De la même façon, les citoyens en Europe ne comprennent pas pourquoi il n’a pas été possible jusqu’à maintenant de former une véritable défense européenne, à l’heure où chacun mesure les enjeux d’un Trump qui se désolidarise de l’OTAN, et d’un Poutine qui annexe la Crimée et l’est de l’Ukraine, et qui réarme.

Personne n’ignore non plus que l'atmosphère terrestre ne connait pas de frontière, et que la réponse aux changements climatiques ne peut être que européenne, pour avoir une chance d’être mondiale.

Délocaliser la Commission européenne (m-à-j)

Il ne s’agit surtout pas de créer encore plus d'administration centralisée, mais d’utiliser les compétences nationales existantes, et parfois uniques, des pays membres, de leurs administrations existantes, et de les mettre en réseau en partageant les niveaux décisionnels.

Il faut décentraliser l'administration existante de Bruxelles en délocalisant les compétences et les fonctionnaires européens dans tous les pays de l'Union, en fonction des capacités et des spécialisations de chacun des Etats membres. Par exemple, la gestion des voies maritimes et fluviales, des canaux et du drainage, des mesures à prendre face à la montée des eaux, seraient à confier aux Pays-Bas qui font face à la montée des eaux dans leur pays en état d'inondation permanente depuis des siècles, et qui sont devenus des spécialistes reconnus. La gestion de la police des frontières devrait être confiée aux pays les plus exposés au flux de migrants. Etc.

Il ne faut pas que le découpage et la délocalisation des domaines administrés soient établis en fonction de l'organisation bureaucratique actuelle de Bruxelles, mais bien en fonction des compétences des administrations nationales, à qui serait confiée une gestion au niveau européen , et qui accueilleraient des équipes de fonctionnaires européens. Des compétences gérées actuellement par la Commission à Bruxelles pourraient disparaître parce qu'aucun pays n'en maitrise les techniques et la gestion, ou que le besoin au niveau européen n'existe pas. A contrario, d'autres compétences nouvelles au niveau européen pourraient être attribuées à un pays membre qui en maîtrise les techniques ou qui y est confronté depuis longtemps. Ce pays pourrait dès lors prendre en charge la gestion de ce domaine au niveau européen pour le bénéfice de tous.

L'administration européenne ainsi décentralisée serait le pur reflet de ce que les Etats membres savent faire, de ce que l'Europe sait faire, et de ce qu'elle peut donc s'offrir, sans devenir une surcharge administrative centralisée sans aucun lien avec ses citoyens qui ne peuvent que la rejeter. Toute compétence gérée actuellement au niveau européen qui ne saurait trouver de pays hôte intéressé à en reprendre la gestion, devrait être abandonnée. Réciproquement, un pays spécialiste dans un domaine pourrait se voir attribuer une nouvelle compétence et un budget à gérer au niveau européen. Il est évident que toutes les grandes spécialités et les grands domaines actuellement administrés au niveau européen devraient facilement trouver (re)preneur parmi les 27 Etats membres.

Une telle délocalisation de la bureaucratie bruxelloise est parfaitement réalisable à l'époque de l'internet, des videos-conférences et autres Skype. Bruxelles ne conserverait qu'un bureau centralisateur restreint de commissaires.

La société civile européenne

Il ne s’agit en aucun cas d’uniformiser les cultures et les comportements des citoyens des différents pays. Les cultures, les langues et les mentalités sont différentes et doivent continuer à l’être. Nos langues et nos traditions différentes, loin de nous séparer, nous font nous ressembler, et nous rassemblent au contraire. Il y a plus de différence entre un Français et un Québécois, ces derniers étant de culture américaine sur le continent nord-américain, qu’entre un Français et un Allemand, même si ils ne parlent pas la même langue.

Chaque capitale européenne regorge d’histoire qui est le fruit des conflits, des rassemblements, des brassages et des mouvements incessants des hommes et d’idées à l’échelle du continent européen entier. Cette Histoire nous a laissé un héritage vivant que sont nos cultures et nos mentalités. C’est bien le fait d’avoir en partage des langues et des cultures différentes, mais toutes européennes et intrinsèquement liées, qui nous rassemble. Nous avons tous des traditions et des coutumes, qui prennent certes des expressions différentes, mais qui sont toutes issues des mêmes racines et des mêmes mélanges, qui se sont enrichies mutuellement et dispersées de toutes parts en Europe. Elles ont toutes en partage un fond européen.

La faiblesse de la société civile européenne est due à l'absence de médias européens, ou à des journaux nationaux qui ne sont pas connectés entre eux. Développer une société civile européenne s'inscrit dans un processus long mais nécessaire. L’essor du numérique peut toutefois accélérer l'émergence d'une société civile européenne. Il faut créer un statut européen d'association et de fondation.

Il faut aussi développer une démocratie transnationale, avec des députés, des hommes et des femmes politiques qui parlent au nom de plusieurs pays, au nom d’une Europe Unie, et pour ses intérêts considérés dans son ensemble, et non plus comme la juxtaposition de pays en rivalité permanente.

Pour nos citoyens, il s’agit de s’approprier l’Europe, et d’y vivre partout en étant chez soi. Il faut faire émerger une citoyenneté de coeur et d’affinité qui soit européenne, en devenant des Européens de France, d’Allemagne, d’Italie ou d’ailleurs, mais des Européens avant d'être des nationaux.

L’Europe à plusieurs vitesses, en réseaux

Il ne faut pas se leurrer. La règle des décisions prises à l’unanimité rend impossible la gestion et la construction d’une Europe politique à 28 (ou à 27). Cela ne mène qu’au plus petit dénominateur commun et à l’adoption de demi-mesures qui ne sont pas à la hauteur, ni des problèmes à résoudre, ni ce à quoi l’Europe pourrait prétendre vu sa taille et son poids économique. L’union, au lieu de faire la force face aux États-Unis, à la Chine, à l’Inde ou à la Russie, n’accouche que de faiblesses, de petites mesures et de petits moyens.

Il est nécessaire de permettre aux pays qui le désirent, de s’engager dans une coopération et une harmonisation plus poussée, au niveau économique, social, et donc aussi et surtout, politique. Cette Europe, qui n’existe pas, doit pouvoir démarrer par un groupe précurseur de quelques pays qui pourront ensuite créer un effet d’entrainement vis à vis des autres pays. Ce principe a d’ailleurs toujours été à l’œuvre tout au long du processus de la construction de l’UE, grâce au fameux « moteur franco-allemand », qui n’était rien d’autre qu’une entente et une coopération accrue et d’avant garde entre ces deux pays, aux vertus entrainantes pour le reste de l’Union.

Le moteur franco-allemand ne fonctionne plus, l’environnement géo-politique ayant radicalement changé depuis la chute du mur de Berlin, la réunification allemande et l’élargissement de l’Union à 28 membres. Il est urgent de remettre sur pied un moteur en état de marche, il est urgent de permettre aux pays qui le veulent, et le peuvent, d’aller plus en avant dans la voie d’une coopération politique. Les domaines concernés sont la défense, la police, le renseignement, l’éducation, la formation continue, l’immigration, la recherche, la santé publique, la sécurité civile, la justice, l’écologie, le numérique…

La fusion de la France et de l’Allemagne

Certains auteurs comme le philosophe Guillaume von der Weid (4), vont au bout du constat actuel d'impuissance de l'Europe, et au bout de la logique d'une véritable union pour l'Europe.

Partant du principe, comme nous l'avons souligné plus haut, que "l'Europe à 28 ne peut dépasser le stade des négociations même approfondies, mêmes porteuses d'une homogénéisation des normes, d'une facilitation des échanges, d'un équilibrage des niveaux de vie" , il faut revenir " au cœur du projet européen, porté par la France et l'Allemagne. Et là, plutôt que de modifier ou même de recréer des enceintes où chacun viendrait négocier son bout de gras, on devrait fusionner les États. Et, en toute logique, les premiers à fusionner devraient être les deux pays à l'origine du projet européen, c’est à dire la France et l'Allemagne. "

"Ce véritable super-État constituerait non pas seulement un “noyau dur”, mais un point archimédien sur lequel la puissance pourrait s'appuyer pour se détacher des sols nationaux et agir sur le long terme. S'y adjoindraient ensuite les pays volontaires, l'abandon de souveraineté étant alors une condition sine qua non à l'adhésion. Dussent-elles rester seules pendant un siècle, France et Allemagne fusionnées seraient encore plus puissantes et utiles qu'une Europe à 27. C'est à ce prix qu'on pourrait enfin constituer un nouvel échelon politique, adapté au monde actuel, où puissance, capacité d'action et légitimité coïncideraient."

Et il conclut passionnément avec nous que "L’ avenir n'est plus à la simple coopération, même renforcée, mais à la fusion, seul moyen d'agir économiquement, avec un vrai budget commun, socialement, avec un vrai droit social et fiscal, militairement, avec une vraie armée. L'Europe n'existera qu’à ces conditions. Il est grand temps de la créer ! "

Sources:

(1) Quelle Europe voulons-nous?

www.europe-unie.org/single-post/2018/09/25/Quelle-Europe-voulons-nous

(2) Réveillons l’Europe:

https://www.liberation.fr/debats/2018/09/26/reveillons-l-europe_1681429?

(3) Libéraux et centristes européens s’allient avec Macron aux européennes:

https://www.ouest-france.fr/politique/elections/elections-europeennes/entretien-exclusif-le-liberal-verhofstadt-s-allie-avec-macron-aux-europeennes-5959435

(4) L’Europe n'existe pas. Pour la créer, la France et l'Allemagne doivent fusionner:

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1532310-brexit-l-europe-n-existe-pas-pour-la-creer-la-france-et-l-allemagne-doivent-fusionner.html

(5) Faire l'Europe dans un mode de brutes, Enrico Letta, Fayard.

Bibliographie

Restitution de la grande marche pour l’Europe, Avril Mai 2018, LREM, en-marche.fr

Le destin de l’Europe, Ivan Krasten, Premier Parallele

Faire l'Europe dans un mode de brutes, Enrico Letta, Fayard

Intime conviction, Bernard Guette, Seuil

Sauver l’Europe, Hubert Védrine, Liana Levi