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Le spatial, pour quoi faire aujourd’hui ?


Satellite ENVISAT, crédit ESA

L’espace source de connaissance

Au delà de l’horizon

En deçà de l’horizon

Des retombées sur la Terre

Le mythe fondateur

L’âge de la guerre froide est aujourd’hui derrière nous. Une nouvelle ère s’est ouverte depuis et de nouvelles attentes exprimées par nos sociétés, ainsi que de nouveaux acteurs, sont venus relativiser les considérations géo-politiques et stratégiques gouvernementales. Dans un monde sans course à l’armement, mais cependant en pleine mutation technologique et sociale, vers quoi et pourquoi engager les programmes spatiaux? Un nouveau mot d'ordre a vu le jour, celui de répondre aux attentes des sociétés civiles dans tous les domaines possibles. Pour autant, l'esprit de découverte et d’exploration demeure incontournable pour tout programme gouvernemental qui doit justifier de dépenses publiques. Ces deux considérations contribuent encore à garantir l'activité d'une industrie qui reste fondamentalement stratégique, mais aussi de plus en plus utilitaire dans nos sociétés.

L’espace source de science et de connaissance

Les avancées scientifiques obtenues grâce aux missions scientifiques spatiales ces 40 dernières années sont indéniables. Néanmoins, ces bénéfices et cette communication restent nécessairement confinés dans un milieu de passionnés et d’avertis, le travail relevant d’une collecte patiente de données scientifiques. Conformément à toute bonne démarche scientifique, ces données amèneront toujours et surtout la possibilité de formuler de nouvelles questions pour orienter de nouvelles recherches futures. Pour autant, le problème fondamentale de la recherche scientifique est que, bien que les données récoltées se multiplient et s’accumulent dans le temps, elles ne raconteront toujours pas d’histoire.

La seule histoire crédible est celle de la vie ailleurs que sur notre planète. Mais force est de constater que notre système solaire, au delà de la Terre, est plutôt inhospitalier. La planète Mars est la seule autre planète où l’on espère trouver des traces de vie primitive, telle qu’elle est apparue sur Terre dans des conditions similaires il y a 4 milliards d’années. Peut-être pourra-t-on bientôt confirmer l’existence d’océans liquides sous les banquises des lunes glacées de Jupiter, auquel cas ils pourraient eux aussi héberger ces formes de vie primitive. En fait, les espoirs se portent aujourd’hui sur les planètes d’autres systèmes solaires que l'on sait désormais détecter. La recherche de telles « exo-planètes » sera sans doute la quête exaltante du nouveau siècle.

Mais aujourd’hui, nos sociétés contemporaines sont plus enclines aux émotions immédiates et moins à la patiente acquisition de données qui nourrissent les connaissances.

Au delà de l’horizon

Une autre école de pensée préconise de voyager dans l’espace, d’y séjourner et d’y vivre. Cette école raconte une histoire hors du temps, celle de l'installation de l'humanité au-delà des frontières terrestres.

La mise en place de tels programmes devient une entreprise structurelle à très grande échelle, avec à moyen et long terme des débouchés que l’on espère massifs dans le domaine de l’énergie, de l'exploitation des ressources, et de la technologie. On cherche ainsi à créer des ruptures fondamentales technologiques et industrielles avec des conséquences importantes pour l'évolution de nos sociétés sur Terre. Poussée à l’extrême, cette école voit aussi loin que le besoin de l’humanité de quitter, un jour, la planète Terre. L’espace est donc un milieu où il faut d’abord aller puiser des ressources, puis aller y vivre, ou survivre, au prix d’avancée technologiques d’un ordre de grandeur nettement supérieur à celui que nous connaissons aujourd’hui. Une telle entreprise ne peut être envisagée qu’à un niveau international, à supposer qu’il soit suffisant, et requiert un volontarisme politique global de fer.

C’est la position des « visionnaires », que l’on a aussi tendance à appeler les « rêveurs », ceux qui voient le spatial de manière extrême comme étant la réponse aux maux de l’humanité. Ils réclament des investissements à long terme, même si les retours sont loin d’être garantis. Pour ces industriels, qui croient au nouvel Eldorado, Barack Obama a signé 2015 un décret qui donne le droit aux citoyens américains d'exploiter commercialement les ressources liées aux astéroïde, et plus généralement d'origine spatiale, en incluant la possession, la propriété, le transport et le droit de vente.

De son coté, la NASA a engagé le financement de programmes ambitieux de lanceurs, de véhicules et de stations habités, destinés à l'exploration habitée du système solaire. En effet, seul un tel programme peut justifier le maintien des capacités industrielles que les Etats-Unis ne saurait abandonner.

En deçà de l’horizon

Mais le spatial subit la crise de défiance croissante vis-à-vis des institutions publiques dans les pays les plus avancés. Cette remise en cause de l'État et de ses modes de fonctionnement a crée une érosion financière des grands programmes depuis quelques décennies déjà. Les programmes à long terme financés par une agence gouvernementale, suppose une vision collective du monde qui n'est plus aujourd’hui de mise. Les impératifs de la guerre froide tenaient lieu de ciment national et international pour consolider les efforts spatiaux. Aujourd’hui, rien de comparable ne justifie d'investir dans la conquête spatiale sans en débattre dans nos sociétés.

Les sociétés connaissent des cultures sociales et politiques très différentes. Elles montrent une grande diversité dans leurs attentes et dans les crises qu’elles subissent. De plus, la science et la technique sont parfois vu comme une source de problèmes. Certaines technologies sont même devenues emblématiques du danger, telle que les OGM, les cellules souches, le nucléaire, etc… D’un formidable outil qui permet le progrès humain, la science et la technologie peuvent potentiellement créer des crise à venir si on continue à les développer sans frein. L’adhésion à l’aventure collective et à l'effort de découverte souffrent de ces rejets, ainsi que de la tendance croissante à l'individualisation des aventures humaines.

Avec la fin du monde bi-polaire structuré par deux super-puissances, les urgences nées des ensembles régionaux en recomposition émergent. Les politiques sont dictées par le court terme, ce qui éloigne plus encore les responsables politiques de la vision et de la gestion à plus long terme. Les temps ne sont pas propice aux grands projets spatiaux qui ont besoin de coopération et de stabilité dans le temps. Il n'est pas étonnant que les activités spatiales connaissent aujourd'hui de profondes transformations qui touchent aussi bien les programmes en préparation, que la vision des acteurs qui les portent. L'exploration humaine de l’espace a ainsi connu un arrêt et tente de se relancer.

Des retombées sur la Terre

Aux « visionnaires » s’opposent les « pragmatiques », ceux qui recherchent les retombées directes sur notre Terre à court terme, qu’elles soient économiques, politiques ou sociales. On aborde ici une vision utilitariste, celle qui apporte des bénéfices concrets et immédiats pour nos sociétés et les gens qui y vivent.

L'espace peut manifestement répondre à la globalisation inévitable des enjeux sur la Terre. Les attentes ne sont plus seulement locales mais mondiales et l'espace doit faire partie des moyens qui peuvent y répondre. L'évolution des sociétés modernes est devenue rapide, imprévisible et incontrôlable. La mondialisation paraît amplifier ce phénomène et les crises qui se succèdent sont susceptibles de faire craquer les structures institutionnelles, économiques et sociales. Les technologies spatiales nourrissent l’espoir d'une nouvelle capacité à agir.

Il y a tout d’abord ceux qui attendent des opportunités et des retombées économiques directes dans le secteur commercial et privé. Il s’agit de de favoriser les investissements publics à court et à moyen terme, de préférence ceux qui permettent des transferts de technologie et peuvent créer des entreprises et des activités commerciales. Cette nouvelle économie, ou « New Space », est aujourd’hui tellement prometteuse que des entrepreneurs privés n’hésitent plus à investir eux-même dans le développement de technologie du spatial pour pouvoir vendre leurs produits et services sur le marché. Les applications touchent la météorologie, l’imagerie spatiale, les telecommunications et les téléphones mobiles, la géo-localisation et la navigation, le transport, l’internet, …

Il y a aussi ceux qui veulent protéger et sauvegarde l'environnement terrestre, que ce soit au niveau écologique ou humanitaire. De fait, les satellites présentent un intérêt évident pour surveiller et veiller sur notre planète et ses désordres. Les problèmes abordés dépassent ici largement le seul enjeu du domaine spatial puisqu’ils touchent les catastrophes naturelles, le réchauffement climatique et la fonte des glaces, la montée des eaux, la pollution terrestre et atmosphérique, les conflits armés et les déplacements de population, les migrations humaines, …

Il y a enfin ceux qui voudraient intégrer nos sociétés en un vaste village planétaire global. Les moyens spatiaux fournissent les moyens sans cesse plus performants et plus rapides de communication et de diffusion de l’information. Il se constitue ainsi un village global via le partage de la connaissance et le mélange des cultures. Le rapprochement des esprits devrait contribuer à résoudre les grands problèmes du temps. Ces « modernistes » surfent sur la vague du village global et du « big data ».

Le mythe fondateur

La multiplication des acteurs qui font valoir de nouvelles dynamiques pour le domaine spatial est assurément une bonne chose. Mais cela ne suffira pas à rétablir un lien crédible entre les activités spatiales et nos société sur Terre. Ce lien ne s'impose plus de lui-même aujourd'hui. De même, tous les espoirs de gain dans une société de l'information en plein essor ne peuvent tenir lieu de mythe fondateur à la découverte et à l’exploration de l’espace. L’espace doit retrouver sa place dans la culture collective au travers de l'éducation et plus généralement dans le débat démocratique.

Un nouveau chapitre de l'aventure spatiale est ouvert. L'équilibre entre les puissances publiques et les entreprises privées joueront le rôle régulateur et finiront par baliser l'intérêt commun. Le spatial illustre les évolutions profondes de nos sociétés qui se cherchent. Ce en quoi, il n'y a peut-être rien de bien nouveau.

Sources:

Agence Spatiale Européenne

www.esa.int,

www.esa.int/Our_Activities/Space_Science

http://sci.esa.int/home/

CNES

cnes.fr

NASA

www.nasa.gov

Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology

www.jpl.nasa.gov

Wikipedia

Le nouvel âge spatial, Xavier Pasco, 2017, CNRS Editions

Une ambition spatiale pour l'Europe, Emmanuel Sartorius, 2011, La documentation française

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