Spatial en Europe: l'Allemagne reprend le flambeau


Un nouveau budget en hausse pour l'Agence Spatiale Européenne

Les ministres des pays membres de l’Agence spatiale européenne viennent d'allouer fin novembre 2019 à l'Agence Spatiale Européenne un budget d’une ampleur sans précédent de 14,4 milliards d’euros pour les 3 années à venir (2020-2022), soit 4 milliards d’euros de plus que lors de la précédente conférence ministérielle en 2016.

L'Agence Spatiale Européenne est (en majeure partie) une agence intergouvernementale qui reçoit son financement des Etats membres, ceux-ci n'étant pas nécessairement membre de l'Union Européenne. L'argent reçu devra en retour être dépensé dans ces mêmes Etats membres en suivant la règle du "retour géographique", qui oblige à réinvestir la totalité de l'argent reçu dans les industries nationales du pays donateur. Dans ce cadre, qui est son principe fondateur, l'Agence agit donc comme un distributeur de subventions nationales. Chaque pays décide de l'argent qu'il veut investir dans la recherche et développement des technologies qu'il souhaite privilégier pour son industrie, via les grands programmes spatiaux qui sont les satellites d'observation de la Terre, de telecommunications, de navigation, d'observation de l'Univers et d'exploration du système solaire, les fusées et lanceurs, les vols d'astronautes à bord de la station spatiale internationale, ainsi que les expéditions lunaires et martiennes.

Dans ce grand mécano industriel à l'échelle européenne, se joue une lutte entre pays pour la maitrise d'oeuvre des grands contrats. Le pays qui devient le plus grand contributeur dans un programme donné, obtiendra pour son industrie la maitrise d'oeuvre qui fédèrera tous les autres sous-contractants en Europe. Pour le pays qui veut garder une maitrise d'oeuvre dans un domaine technologique particulier, comme la France dans le domaine des lanceurs et des fusée Ariane, il s'agit de toujours être en mesure de mettre sur la table un budget supérieur aux autres pays participants. Il faut donc choisir ses priorités et se spécialiser, car aucun pays ne peut prétendre financer seuls ces grands programmes européens. Chaque pays doit accepter de laisser à d'autres pays membres la maitrise d'autres programmes.

Pour la France, la fin d'une époque...

Depuis sa création en 1975, la France a toujours été le premier plus grand contributeur au budget de l'Agence, tous programmes confondus. La France a, jusqu'à récemment, joué le role de leader et d'entraineur dans le domaine du spatial en Europe. Jusqu'à ce nouveau budget 2020-2022 qui change la donne, au profit de l'Allemagne.

Pour la première fois, la France perd la tête du classement des pays contributeur au profit de l’Allemagne qui devient le premier pays contributeur avec un financement de 3,3 milliards d’euros, soit 23% du budget total alloué à l’ESA. La France recule donc à la seconde place (2,7 Md€, soit 18% du total), suivie de l’Italie (2,3 Md€, soit 16% du total) et du Royaume-Uni (1,6 Md€, soit 11% du total). Pour la France, c'est bien la fin d'une époque ...

Au niveau des programmes, on voit bien que l'Allemagne obtient la maitrise d'oeuvre partout, sauf dans le domaine encore réservé de la France, des lanceurs. Dans tous les autres programmes, la France est même reléguée au troisième rang derrière l'Italie.

L'ambition de Berlin ne date pas d'hier

L'Allemagne ne s'est jamais cachée qu'elle voulait le leadership européen dans le spatial. Dès 2010, elle affichait clairement ses ambitions dans son livre blanc sur le spatial: "l'Allemagne occupe le deuxième rang européen en matière de spatial ; se satisfaire du deuxième rang ne suffit pas, il faut considérer ce classement comme une source de motivation".

D'aucuns pourront arguer de la possibilité pour la France de rééquilibrer sa contribution avec celle de l'Allemagne dans trois ans lors de la prochaine réunion ministérielle prévue en 2022. Il n'est pourtant pas dit que la France pourra dégager les ressources financières supplémentaires. La puissance financière de l'Allemagne s'affiche désormais dans le spatial.

Source: Agence Spatiale Européenne www.esa.int