L’UE contre les nations est une opposition dogmatique et fausse.


" Nous devons créer les conditions d'une démocratie parlementaire européenne qui fonctionne ".


Entretien avec Damian Boeselager, Député au parlement Européen, parti pan-Européen VOLT.


Vouloir construire une Europe fédérale ne signifie pas la fin et la négation des nations telles qu'elles existent aujourd'hui. L'UE va au-delà des nations, c’est à dire que les nations en restent les fondations. Dans une fédération d'États, chacun d'eux conserve son identité et sa culture, ses pratiques éprouvées qui restent pertinentes à l'échelle nationale et régionale. Les citoyens doivent être assurés que la construction d'une Union européenne plus fédérale n'annihilera pas leur identité, bien au contraire.


A l'origine, la raison d'être de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) était de rendre la guerre matériellement impossible entre les puissances européennes. Il ne s'agissait pas de vaincre ou d’effacer les nations, mais de regrouper la production du charbon et d’acier, et de consolider un lien stratégique et pacifique. Opposer l’Europe aux nations n'était pas à l’ordre du jour. Lorsque certains États décident de prendre des décisions et de coopérer ensemble, la question est, encore aujourd'hui, de décider de la meilleure façon de le faire. De toute évidence, le meilleur moyen reste le moyen démocratique, précisément de la même manière que les États membres gèrent leur propre politique nationale via leur propre parlement, à qui le gouvernement doit rendre des comptes. En outre, le fait de rendre les affaires européennes transparentes pour les citoyens, comme cela devrait l’être, ne signifie pas ignorer leurs nations. Lorsqu'il s'agit de prendre des décisions ensemble, nous devons le faire de la manière la plus démocratique possible.


Il n'est jamais facile de trouver des terrains d'entente lorsque les intérêts peuvent être très différents. Les conflits d'intérêts sont à prévoir et cela est normal. Ils doivent être traités au sein d'un parlement qui donne mandat là un gouvernement pour mettre en œuvre ce qui a été convenu.


Le problème n'est pas l'Union Européenne, mais le poids trop important des intérêts nationaux qui pèsent sur le Parlement européen. Dans l'état actuel des choses, la perspective nationaliste domine trop le Parlement européen. Cela pourrait être amélioré par de bonnes pratiques parlementaires démocratiques.


Il n'est pas juste d'affirmer que " l'UE est trop grande " ou que " Bruxelles est inefficace ". L'administration de l'UE est relativement petite. Le problème réside dans la manière dont l'UE prend ses décisions, et non dans sa bureaucratie. Aujourd'hui, la Commission soumet des propositions au Parlement, qui vote à la majorité. Mais le Conseil, qui est le deuxième organe législatif composé des ministres nationaux, vote plutôt à l'unanimité. De plus, ses débats sont totalement opaques. Les Etats membres les plus faibles et les plus obstructionnistes usent ainsi d’un droit de veto trop important. Ce n’est pas " Bruxelles ne peut pas décider ", ce sont les gouvernements nationaux qui bloquent le Conseil. Il y a encore trop de pouvoir aux nations, qui ne représentent pas le peuple in fine. Nous devrions écouter les citoyens dans une Europe plus démocratique où les décisions devraient être prises à la majorité.


Encore une fois, améliorer les pratiques démocratiques au niveau européen ne signifie pas nier les nations, comme le prétendent souvent les politiciens nationaux dans les médias. « L’UE contre les nations » est une opposition dogmatique et fausse. Ce qui est important, c'est une gouvernance qui fonctionne à tous les niveaux, au niveau de l'UE, au niveau national et au niveau régional. Ce qui fonctionne bien pour une région ou pour un pays se justifie parfaitement. Nous avons besoin des gouvernements nationaux pour gérer leurs cultures et leurs passés historiques. Les régions et les cultures en Europe sont très différentes mais en même temps, complètement liées par une histoire et une économie partagée. L'Europe ne doit pas mettre en exergue les divisions qui existent sur le continent, comme par exemple les fractures Nord / Sud, campagne / villes, jeunes / vieux, Est / Ouest.... Si une politique fonctionne bien pour certaines régions dans un certain contexte historique et culturel, il faut la conserver et apprendre de ces meilleures pratiques.


Se battre les uns contre les autres ne sert à rien. Les intérêts nationaux nous aveuglent trop et créent ces fausses rivalités entre les Etats. Cela n'aide pas à trouver les politiques et les solutions de bonne gouvernance.


Damian Boeselager (@d_boeselager) est membre du Parlement européen et co-fondateur de @VOLTEUROPA, aussi abrégé @VOLT.


Volt Europa (souvent abrégé Volt) est un parti politique pro-européen dont l'ambition est de proposer une alternative pan-européenne parmi les partis nationaux traditionnels. L'organisation suit une « approche trans-nationale » dans de nombreux domaines tels que le changement climatique, l'immigration, les inégalités économiques, les conflits internationaux, le terrorisme et l'impact de la révolution technologique sur le marché du travail.


Lors des élections au Parlement européen de mai 2019, le parti a remporté un siège en obtenant 0,7 % des voix en Allemagne, Damian Boeselager devenant son premier député européen. Lors des élections générales néerlandaises de 2021, Volt Netherlands a remporté trois sièges au parlement. Il a également participé aux élections législatives bulgares de 2021 dans le cadre de la coalition anti-gouvernementale ISMV.


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